dimanche 7 mars 2010

"Il faut aller dormir, Madame, on a beaucoup d'appels au Samu"


2h27. Patrick Ecollan, directeur du Smur* de la Pitié Salpêtrière,  raconte : « Souvent, les gens n’appellent que pour des petits bobos. La nuit crée beaucoup d’angoisses. Une fois, c’était une personne qui était inquiète car elle avait mangé du riz périmé ». Entre les gens qui se sentent seuls, les enfants farceurs et les canulars, il y a de quoi faire pour les équipes du Centre 15, le centre névralgique du Samu à Paris.




Au cœur de la nuit, le calme règne ici. Un calme retenu. Un calme vigilant. Les permanenciers auxiliaires de régulation médicale (PARM) ne dorment que d’un œil. Non, en réalité, ils ne dorment pas. Certes, à partir de minuit, les appels sont moins fréquents. Le temps de plaisanter 2 minutes avec un collègue entre 2 appels.
Tous les appels d'urgence vers le 15 arrivent ici, dans cette petite aile de l’hôpital Necker dans le 15e arrondissement. Dans cette salle, pas de lits pour les patients, pas de seringues. Des ordinateurs et des téléphones. Un poste de TV, dans le fond de la salle, avec les informations en continu. Les ambulances sont en bas, prêtes à partir. En moyenne, on dénombre 2 000 appels par 24h. Mais seulement 500 dossiers médicaux sont ouverts. Le plus gros travail, c’est le tri.
Caché derrière ses deux écrans d'ordinateur et une pile de dossiers, un permanencier, impassible, décroche pour la énième fois son téléphone. Les sourcils froncés derrière ses lunettes, il interroge son interlocuteur : "Avez-vous de la fièvre? Depuis combien de temps durent les vomissements? Vous avez des antécédents cardiaques?". Ensuite, c'est à Patrick d'évaluer la gravité de l'état du patient. "Elle doit aller à l'hôpital." La dame insiste. "Non, on ne déplacera
pas une ambulance pour ça", tranche le médecin.




2h27. C'est aussi l'heure de la pause café-cigarette, pour ce petit couple complice de permanenciers, qui échangent quelques plaisanteries coquines. Certains font du 17h-3h du matin. D’autres sont là depuis 21h et ne repartiront que le lendemain, à 8h.
Nicolas travaille de nuit deux à cinq jours par mois. Fatigant, le travail de nuit ? Pas pour lui : « J’aime bien faire des nuits, de temps en temps. La nuit, c’est plus reposant, car on n’a pas l’habituel brouhaha de la journée. L’ambiance est plus feutrée. On travaille en effectifs réduits, donc cela crée plus de complicité. »
Mais ce calme peut aussi se briser d’une minute à l’autre. Nicolas se souvient notamment d’un appel marquant: « C’était un homme assez jeune. Il venait d’ouvrir sa porte. Il a retrouvé sa femme avec leur enfant dans les bras. Mort. Elle l’avait tué ».
À la TV, les infos annoncent la mort d’un jeune, poignardé dans le 16e. « Nos équipes y étaient, raconte Patrick Ecollan.  C’est arrivé à 20h. Ils ont du lui ouvrir le thorax pour recoudre le cœur. Mais il est décédé ».
Un appel lui coupe la parole. Cette fois, c’est un SDF qui s’est fait renverser par un bus. Un peu plus loin, une permanencière s’agace : « Madame, il faut aller dormir maintenant, nous avons beaucoup d’appels au Samu… ». La nuit sera longue.
* Le Samu de Paris fait partie des 105  centres installés en France. À Paris, le Samu (Service d’Aide Médicale d’Urgence) dispose de six Smurs (Service Mobile d’Urgence et de Réanimation) rattachés à des hôpitaux différents : Necker, Pitié-Salpêtrière, Lariboisière, Hôtel-Dieu, Saint-Antoine et Robert Debré. Concrètement, il s’agit d’une équipe médicale mobile, qui se déplace en ambulance, en voiture ou même en hélicoptère, lors d’un malaise ou un accident, afin de porter secours, ou d’effectuer un transfert entre différents hôpitaux.

samedi 27 février 2010

Présidentielles au Brésil : une élection qui s’annonce serrée


En octobre prochain, les Brésiliens éliront leur nouveau Président. La Constitution empêche Luis Inacio Lula Da Silva, élu pour deux mandats consécutifs, de se présenter une troisième fois. Après le bilan positif d’un Chef de l’Etat très charismatique, les candidats ont intérêt à être à la hauteur. 

8 ans de gouvernement Lula : un bilan très positif

Le gouvernement Lula, selon un sondage IBOPE de décembre dernier, a recueilli 83% d’opinions favorables. Le secret de sa réussite ? La conciliation entre les principes économiques de l’ancien Président Cardoso (autonomie de fait de la Banque Centrale, nomination à sa tête de l’ancien député du Parti de la Social-Démocratie Brésilienne (PSDB) Henrique Meirelles), et ses propres programmes sociaux, basés sur l’aide conditionnée. La Bolsa Familia en est le meilleur exemple. Dès 2003, les mères de familles ont pu recevoir une aide financière, dès lors que leurs enfants étaient scolarisés et suivis par un médecin. Cette bourse a encouragé la consommation, et créé de nouveaux marchés dans des régions exclues du développement, à l'image des États du Nordeste qui ont affiché une croissance de 1,5% l'an dernier, selon l'Institut de statistique Brésilien IBGE. Ce qui n'empêche pas les opposants de Lula de considérer la Bolsa Familia comme un programme d'assistanat.
Selon le FMI, la croissance augmentera de 4,7% cette année. En 2009, malgré la crise économique mondiale, le PIB n’a pas chuté. 1 million d’emplois ont été créés. Le Brésil se situe dans le top 5 des pays ayant les taux d'intérêt les plus élevés du monde. Or cette année, ils n’ont jamais été aussi bas : 8,75%. De quoi encourager les entrepreneurs à investir. Cependant, les taux pourraient remonter l'an prochain. 
Le salaire minimum, en 8 ans, est passé de 200 réais à 510 réais par mois. Avec un taux d’inflation annuel de 4,5%, on peut considérer que le pouvoir d’achat des Brésiliens a été multiplié par 2.


Dilma Rousseff  VS José Serra

Les 2 candidats rassemblant le plus d’intentions de vote dans les sondages sont José Serra (PSDB, centre droit), et Dilma Rousseff (PT, centre gauche). Ensuite, viennent Ciro Gomes (du PSB), puis Marina Silva (Parti vert)
.
José Serra et Dilma Rousseff se sont tous deux démarqués par leur opposition à la dictature militaire. Alors Président de l’Union nationale des étudiants, il partit à l’étranger pour un exil de14 ans, dès le début de la dictature, en 1964. Pendant ce temps, elle participait à une guerilla et fut emprisonnée en 1970 pour 3 ans.
Ministre de la Maison Civile, Dilma Rousseff bénéficie du bilan positif  du gouvernement, et d’un contexte économique très favorable. Elle se présente donc comme la « continuatrice des bons travaux du camarade Lula », selon un expert de la politique brésilienne souhaitant garder l’anonymat. Toutefois, elle est bien moins charismatique que lui. Lula transmettra-t-il des voix à sa dauphine ?
José Serra, gouverneur de Sao Paulo, a le profil d’un excellent administrateur, issu d’une bonne formation, titulaire d’un doctorat d’Économie à l’université de Cornell aux Etats-Unis. À la différence de Dilma, il est déjà connu et réputé. Il s’est présenté à de nombreuses élections, et il a été maire, puis gouverneur de Sao Paulo. Son programme se base sur la baisse des taux d’intérêts bancaires, afin d’amoindrir la surévaluation du real. 
Pour l’instant, il arrive en tête, avec 34% d’opinion favorable dans les sondages. Mais la popularité de Dilma ne cesse de monter. Il y a un an, elle obtenait entre 5 et 10% d’opinions favorables.  Selon un sondage national de l’institut Vox Populi paru le 29 janvier, José Serra a perdu 5 points (étant auparavant à 39%), tandis que Dilma Rousseff en a gagné 9, avec 27% d’opinions favorables. En à peine un mois, la différence de points entre les deux candidats est passée de 21 à 7. 
Toutefois, si Ciro Gomes renonce à se présenter candidat, la différence de point remonterait à 12 (40% pour Serra et 28% pour Dilma). 
Tandis que la stratégie de Dilma est de s’appuyer sur le bilan de Lula, celle de Serra est de se présenter comme le candidat le mieux préparé au futur. Il affirme ne pas être contre Lula, mais contre Dilma, en se disant plus compétent qu’elle. 

Mais d’ici juin, début de la campagne officielle, tout peut arriver.

samedi 6 février 2010

SOS Racisme au collège...

Petit reportage "News" d'un format très court, réalisé pour mon cours de TV à l'École de Journalisme...

"Halte aux discriminations". C'est le message que veut faire passer la mairie de Paris. Une campagne de prévention dans les collèges a été lancée. Elle s'adresse avant tout aux élèves de troisième. Pour la première fois, ils devront chercher un stage, et pourraient faire face à d'éventuels refus non justifiés.
Les bénévoles de SOS Racisme se sont rendus au collège Sonia Delaunay, dans le 19e arrondissement.

Un reportage de Bénédicte L.






dimanche 31 janvier 2010

Quand la nuit meurt en silence à Paris


Ces derniers temps, Moscou, Londres ou Berlin sont bien plus réputées pour leur vie nocturne que Paris. La nuit parisienne est-elle morte? 200 fermetures administratives de bars et nightclubs durant l'année 2009... Depuis la loi anti-tabac, les clients sont de plus en plus nombreux à aller "en griller une" devant l'entrée des bars... Et les voisins de plus en plus nombreux à se plaindre de "nuisances nocturnes". Que veulent les pouvoirs publics? S'occuper du sommeil des parisiens, ou sauver la réputation de la ville des lumières?

Reportage au bar Zero Zero, menacé par une fermeture administrative d'un mois. Réalisé par Lucie B. et moi même, pour mon cours de TV à l'École de Journalisme.
Désolée pour le pb de son, du à une défaillance technique...


mercredi 30 décembre 2009

"Né Dans la Rue, Graffiti" à la Fondation Cartier jusqu'au 10 janvier

Un matin, dans la rue. Je marche aux côtés de mon père. Nous passons devant un magasin fermé, dont le store est rabaissé. Un homme, accroupi sur un escabeau, le visage protégé d'un foulard, armé de deux bombes aérosol, réalise de magnifiques esquisses sur cette toile de fer. Un superbe couchant sur une plage paradisiaque vient progressivement remplacer le gris hideux de la paroie métallique. Quand soudain...
Une vieille dame s'exclame, verte de rage : "Allez faire vos cochonneries ailleurs, vous n'avez pas honte?"
L'artiste se retourne, interloqué. On devine alors un sourire amusé à travers son foulard.
Il ne dit mot. Chacun poursuit son chemin. Sans doute avait-il été payé pour repeindre le store, ou peut-être était-il même le propriétaire du magasin.
Mais quand bien même cela aurait-été illégal, j'avais trouvé son graffiti magnifique, bien plus coloré et chaleureux que le banal rideau de fer.
 Pour la vieille dame, pourtant, un graffiti, ce n'était pas de l'Art....

Voilà une des raisons qui m'ont poussé à aller voir l'exposition "Grafitti, Né Dans la Rue", à la Fondation Cartier.


  Tous les coins et recoins de la Fondation Cartier semblent avoir été mobilisés pour l'occasion : dès votre arrivée, vous pourrez admirer la belle façade de la Fondation entièrement recouverte de Tags.
Près de l'entrée, plusieurs panneaux ont été installés afin de permettre à des artistes reconnus de réaliser plusieurs grafitti, en permanence. Attention, "Work in Progress" ! Les parfums relevés des bombes aérosol sauront vous mettre d'emblée dans l'ambiance.

L'exposition commence au sous-sol. Vous devrez pour cela descendre un escalier entièrement recouvert de tags en tous genre. Dans cette partie de l'exposition, vous serez transportés à New York dans les années 1970.
C'est là que de jeunes adolescents des quartiers pauvres, âgés de 12 à 16 ans, se sont amusés à griffonner sur les murs leur "signature", alias "tag": un surnom suivi d'un numéro, correspondant au numéro de la rue dans laquelle ils habitaient.
Une immense salle vous attend, dans laquelle ont été disposés de biais trois énormes panneaux, incrustés de croquis, photographie, et projections de vidéos sur les graffitis de l'époque, ainsi que son contexte socio-culturel.
Sur trois des murs de la salle, vous pourrez admirer des graffiti géants des célèbres graffeurs P.H.A.S.E. 2, Part 1 et Seen. Il s'agit de reproductions de "whole car", ces graffiti réalisés sur toute la surface d'un wagon de métro (et parfois plusieurs wagons d'une même rame!).
Le grafitti est en effet né dans le métro newyorkais. Sous les tunnels, sur les murs, puis, progressivement, sur les wagons des trains.

Vous pourrez alors vous amuser à reconnaître les différents "writing styles" (le lettrage) :
==> Bubble Style


==> Block Style


==> Wild Style :


==> Effet 3D (ajouté au Wild Style)


Vous aurez également l'occasion de visionner des vidéos avec divers témoignages d'anciens graffeurs de l'époque. Certains se disent nostalgique de cette époque. Réaliser un tag ou un grafitti dans les années 1970, en effet, n'avait rien de banal. Il s'agissait d'un délit, et beaucoup de jeunes garçons de 15 ans se retrouvaient  alors en prison quelques jours. D'où le plaisir provoqué par l'aspect interdit, et la montée d'adrénaline que ces jeunes devaient ressentir lorsqu'il sortaient leur bombe pour réaliser leur tags...

Illégal, certes, mais surtout dangereux. Les graffeurs devaient attendre la nuit pour pénétrer  dans les sous-sol du métro, souvent par des trappes. Ensuite, gare aux chocs électriques ou aux trains encore en marche arrivant par mégarde à toute vitesse... Nombreux sont les jeunes adolescents qui sont morts ainsi écrasés, sectionnés, parfois sous les yeux de leur amis  pour avoir voulu exprimer leurs émotions et leur imagination.

La salle suivante est dédiée à l'expansion du mouvement à l'International et dans d'autres secteurs. Ce sera l'occasion de (re)découvrir Jean-Michel Basquiat ou Keith Haring,  et de suivre l'évolution du mouvement d'une opinion très défavorable (voir la vidéo sur la chasse aux grafitti à New York) vers la consécration d'un Art urbain reconnu avec l'ouverture de premières galleries, puis son appropriation par le mouvement Hip-Hop.


Jean Michel Basquiat 




Keith Haring
                     
Un couloir souterrain, recouvert de tags multicolors (murs, plafond, portes, et même jusque dans les toilettes..) vous conduira aux escaliers afin que vous puissiez regagner le rez-de-chaussée.

Une fois arrivés, je vous conseille d'aller faire un tour dans la salle de projection : plusieurs court-métrages très intéressants y sont diffusés, dont un en particulier sur la "pixaçao", récent mouvement brésilien de "graffeurs" à Sao Paulo. On y apprend comment les jeunes des quartiers les plus pauvres, tous comme ceux de New-York, réalisent des tags à leur risques et périls, afin de se faire une place dans la société. Pour certains, la "pixaçao", c'est un Art marginalisé, un Art de la pauvreté, un Art urbain.... pour d'autres, une simple forme d'expression. Le "pixo" se réalise un peu partout, jusque sur les façade des immeubles, parfois haut, très haut (là aussi, entre les chutes et les électrocutions, les accidents sont fréquents). La répression est violente. Les "pixadores" n'ont pas hésité à faire un "happening" à la 28e biennale de Sao Paulo, en 2008, afin de protester contre la commercialisation et l'institutionnalisation de la culture...

Enfin, vous pouvez terminer votre parcourt par le grand hall du rez de chaussée, où sont exposées les oeuvres d'Artistes-graffeurs contemporains, ou bien faire un tour dans le jardin de la Fondation y découvrir d'autres surprises...

Mais l'exposition ne se termine jamais vraiment... Elle vous poursuivra dans le métro, lorsque vous rentrerez chez vous : vous verrez, après, on ne regarde plus les grafitti d'un même oeil !

Infos Pratiques : 
Exposition prolongée jusqu'au 10 janvier.
261 Boulevard Raspail, Paris 14e.
Métro Raspail ou Denfert-Rochereau (lignes 4 et 6)
Tarif : 6,50euros - 4,50euros en tarif réduit.


Prévoir environ 2h pour toute l'exposition.


dimanche 20 décembre 2009

Pourquoi l'antiberlusconisme ne fera pas tomber le Cavaliere

"Il me restera deux choses de ces journées : la haine de quelques-uns, l'amour de tant et tant d'Italiens" déclare jeudi Silvio Berlusconi en sortant de l'hôpital. Les images du visage ensanglanté du Président du Conseil ont choqué l'Italie. L'agresseur, un "déséquilibré", suivi depuis 10 ans pour des problèmes psychiatriques, a été tout de suite arrêté.

Si les leaders de l'opposition ont tout de suite condamné cette agression, ils n'oublient pas pour autant qui est Berlusconi. Marco Travaglio, journaliste pointé du doigt comme "ennemi communiste"par Berlusconi et son entourage, rappelle qu'on "ne devient pas quelqu'un de bien parce qu'on est victime d'un attentat", dans son programme hebdomadaire "Passa Parola", diffusé sur Youtube.
C'est également Internet et ses blogueurs qui étaient à l'initiative du "No Berlusconi Day" le 5 décembre, manifestation demandant la démission de Berlusconi. 450 000 manifestants, arborant la couleur violette, symbole de neutralité politique, s'étaient rassemblés à Rome.
 Une nouvelle forme d'opposition se mobilise : la société civile, devant l'immobilisme de la gauche.

Rappelons nous. Le 28 avril, La Repubblica, quotidien de gauche, révèle la présence du Cavaliere à la fête des 18 ans de Noemie Letizia et publie plus tard 10 questions au Président du Conseil. Le 3 mai, Veronica Lario, son épouse, demande le divorce. Sa réputation se ternit à nouveau avec la publication au Corriere della Sera du témoignage de Patrizia d'Addario, call girl.
Le 3 octobre, 100 000 personnes manifestent à Rome pour défendre la liberté de la presse. Berlusconi contrôle le duopole médiatique Mediaset-Rai, et plusieurs journaux. Le Conseil Constitutionnel, le 7 octobre, invalide la loi Alfano lui garantissant son immunité. Il devra répondre de ses actes dans le procès David Mills.

Pourtant, la popularité de Berlusconi n'a que faiblement baissé : moins 4 points selon un sondage Ipsos publié par La Stampa.


Silvio Berlusconi, un véritable leader politique
Il crée son parti, Forza Italia, fin 1993, profitant de la crise politique de 1992. Les enquêtes anti-corruption du Parquet de Milan ont entraîné la chute des deux grands partis de l'époque, la démocratie chrétienne et le parti socialiste. De nombreux chefs de partis sont en effet impliqués. En janvier 1994, son discours de la discesa séduit. Il se présente comme un homme neuf, extérieur aux années de la corruption politique, ayant fait ses preuves dans le monde de l'entreprise. La coalition de droite qu'il a mise en place avec l'Alliance Nationale et la Ligue du Nord lui apportent un réel soutien, et ce dès les élections de mars 1994. De la victoire de la gauche en 1996 à 2001, il se construit une véritable légitimité en tant que chef de l'opposition italienne. Il gagne les élections en 2001 et restera jusqu'en 2006, avant d'être réélu en 2008.
Berlusconi, ce n'est pas seulement la publicité, les médias, le côté charmeur. Il a bâti une véritable entreprise politique sur le territoire avec des élus locaux, des militants. Son programme économique a séduit. Son électorat est souvent perçu comme la ménagère de 40 ans scotchée à la télévision. Pourtant en plus des classes populaires, les commerçants, les jeunes cadres, les entrepreneurs le soutiennent.
L'erreur de la presse italienne, c'est d'avoir cru que la population réagirait en terme d'éthique publique. Elle oublie les autres logiques électorales : l'idéologie, ou l'appartenance à un groupe social.
Berlusconi a conquis une sorte d'hégémonie culturelle, mélangeant plusieurs valeurs contradictoires : le libéralisme et le protectionnisme, l'individualisme et la protection pour les plus démunis, des valeurs chrétiennes et des moeurs privés plus libertaires, un discours proeuropéen mais défendant les intérêts nationaux, de la bienveillance  l'égard des gens du Sud et un discours populiste pour satisfaire les Nordistes...
Son emprise sur ce bloc social se consolide par le vide de la gauche.

La gauche toujours dans une impasse
Sans projet, sans identité, sans leader, le Partito democratico (PD) ne sait quelle stratégie mener. Ce parti dérive d'une coalition entre le Parti communiste, des petites forces progressistes laïques, et une partie de la démocratie chrétienne, formée dans les années 1990. L'expérience montre que cette forte hétérogénéité rend la coalition ingouvernable.
Par ailleurs, on reproche au PD son "jeu de miroir" avec l'actuel parti de Berlusconi, il Popolo Della Libertà. Le premier désigne le second comme son opposant, et vice-versa. Ils ont besoin l'un de l'autre.

L'antiberlusconisme ne fera pas tomber le Cavaliere
"On a créé un parti des juges", dénonçait Silvio Berlusconi, lors du Congrès du Parti Populaire Européen, le 10 décembre à Bonn. Le discours du Président du Conseil avait mis l'Italie mal à l'aise jusque dans les rangs de son gouvernement. En s'attaquant aux juges, à la Cour Constitutionnelle, et même au Président de la République, il a délégitimé les institutions du régime qu'il gouverne.
L'antiberlusconisme dénonce cette "anomalie". Le No Berlusconi Day témoigne de l'exaspération de la jeunesse italienne, inquiète de son futur. L'utilisation inédite d'Internet pour organiser cette manifestation montre qu'une part de la société est prête à faire basculer l'hégémonie de la TV vers un autre média plus libre.
Beaucoup sont séduits par le phénomène Di Pietro et son parti Italia Dei Valori, principalement antiberlusconiste. La création en septembre dernier du quotidien Il Fatto, contre Berlusconi, prouve que la presse n'a pas dit son dernier mot.
Mais une partie de la gauche officielle est contre le discours uniquement antiberlusconien. D'où le refus du PD de participer à la manifestation du 5 décembre. Cette mobilisation de la société n'a pas de débouchés politiques.

samedi 5 décembre 2009

No Berlusconi Day

Aujourd'hui, 350 000 personnes sont attendues à Rome pour manifester contre Berlusconi.
C'est une initiative d'une douzaine de blogueurs, qui, sur leur  site www.noberlusconiday.org, appellent le monde entier à défiler pour demander la destitution du chef du gouvernement italien. Des manifestations sont prévues aussi à Londres, Sindney... et... PARIS ! Le rendez-vous est pour 14h, au Trocadéro, au parvis des droits de l'Homme.
Les organisateurs du mouvement, en Italie, affirment qu'ils n'appartiennent à aucun parti. Leur but est surtout de "débusquer toutes les formes de berlusconisme", selon Gabriella Magnano, l'une des organisatrices du collectif.
À Rome, cette journée sera l'occasion d'écouter divers discours de personnalités du monde littéraire, de la justice, de l'éducation, de l'entreprise, avant d'assister à un beau concert, comme les romains savent si bien le faire !
Le prix Nobel de littérature Dario Fo témoignera pour le monde du spectacle, le magistrat Domenico Gallo parlera des procès en cours contre Berlusconi, un écologiste expliquera les méfaits du pont du détroit de Messine (reliant le sud de l'Italie à la Sicile), d'autres parleront de la situation des immigrés... Les organisateurs du NBD espèrent mettre fin à l'"anomalie italienne où un seul homme contrôle trois TV privées et tout le secteur public" (voir mes précédents articles !)

 En attendant, rendez-vous au Trocadéro dès 14h, parvis des droits de l'Homme ! Allons soutenir nos confrères italiens !